Edition 2010
Création
D’un parcours à l’autre, au fil des nuits,
redécouvrir les mondes fantastiques
de nos rêves d’antan,
se laisser guider par des personnages exhalés
par la pierre des murailles,
devenir les acteurs curieux d’un intrigant
voyage aux limites du monde réel,
écouter le souffle de l’océan jouer
de sa toute puissance
pour déposer au bord de nos lèvres,
le sel de l’aventure
et des embruns chargés d’étoiles...
Laurent Gachet
LA NOUBA DU CIRQUE
Au temps de la splendeur arabo-andalouse
et de la douceur des jardins du Généralife à Grenade,
lors d’une escale espagnole, Aben-Hamet,
fils de corsaire salétin, aperçoit Blanca, héritière
d’une grande famille catholique espagnole.
Cédant aux obligations de son rang
et de sa croyance,
il renoncera à l’amour qui le brûle.
Blanca lui promit de revenir chaque année
dans le jardin pour l’attendre.
Il ne revint jamais.
Elle honora sa promesse,
jusqu’à la fin de ses jours.
C’est l’âme de Blanca qui vient ce soir
nous conter cet amour impossible...
Librement inspiré de la nouvelle de Chateaubriand « Le Dernier Abencerage »
L’histoire d’Aben-Hamet et de Blanca est une autre version des amants de Vérone.
Ce Roméo et Juliette là est empreint, sous la plume de Chateaubriand, des grandes idées qui ont bercé le courant romantique : la nostalgie des temps anciens, la splendeur des trésors des antiques civilisations, la violence des sentiments, la soumission au poids de la destinée...
J’avais imaginé un premier fil dramaturgique autour de la figure du conteur, lors de la création de ce spectacle en 1999, avec les élèves de l’École Nationale du Cirque Annie Fratellini.
Aujourd’hui, à l’aune des mondes fantastiques traversés par cette troisième édition de Karacena, j’ai eu envie de revisiter ce travail, qui fut ma première mise en piste, et de partir à l’envers du récit...
J’avais été troublé et littéralement charmé par l’Alhambra de Grenade et les jardins du Généralife que j’avais pu arpenter en toute quiétude pour un travail de composition électroacoustique réalisé autour des fontaines de ce merveilleux palais.
Dans notre jardin contemporain le fantôme de Blanca vient évoquer, cet amour interdit par les religions respectives d’Aben-Hamet et de Blanca, et nous parler de tolérance et de respect...
Comme si, toujours, au centre de nos vies, de nos désirs et de nos espérances, l’amour demeurait le seul thème intemporel, l’équation à résoudre perpétuellement.
Cette nouvelle « Nouba du Cirque », en darija, est une aventure associant les apprentis artistes de l’École Nationale de Cirque Shems’y à Salé, des solistes et des musiciens qui joueront en direct...
C’est aussi le premier spectacle de Karacena qui partira en tournée dans les grandes villes du Maroc dérogeant pour la première fois à la règle des créations éphémères et faisant souffler l’esprit de la biennale, pour quelques mois de plus, en d’autres contrées et pour d’autres regards...
Laurent Gachet
LES NAUFRAGEURS
Au pied du Borj d’Moue,
dans un sillon creusé par l’océan,
ils habitent en-dessous du niveau de la mer.
Leurs abris sont faits de coques fracassées,
seules prises de leurs combats sans gloire.
Nourris par la fortune de mer,
ils sont les passeurs entre les mondes...
Parias parmi les parias,
rejetés hors de la cité,
ils sont néanmoins les seigneurs de la grève
tant leurs pouvoirs sont réputés grands...
Ils profèrent.
Ils prophétisent.
Mais tout là-haut,
le monde ne les entend jamais.
Dans un site naturel époustouflant qui donne au spectateur l’étrange sensation de se trouver en dessous du niveau de la mer, sur une langue sableuse entre murailles et rochers, le public s’invite sur l’île des naufrageurs pour un voyage initiatique au cœur du village sans nom.
Les mots, les gestes, la danse, le feu, tout nous conduit vers l’ultime rencontre de cette quête dans la bouche du diable...
LE TRÉSOR DE LA COURSE
Raid après raid, la réputation des corsaires salétins n’est plus à faire...
Ils ont écumé les côtes de la Perse à l’Islande, ramenant dans leurs cales,
captifs, trésors et merveilles.
Pour le plaisir du Sultan, ils rapportèrent de nombreuses œuvres d’art
et de somptueux tableaux qui inspirèrent à leur tour les peintres salétins...
Hélas, après la disparition du dernier des corsaires, de récits approximatifs
en cartes improbables cédées pour quelques pièces d’or, traces furent
à jamais perdues de ces merveilles oubliées. Heureusement que cette nuit,
l’âme de l’intendant du trésor des corsaires vient pour quelques heures nous montrer
ce que de mémoire de salétins, personne n’avait encore jamais vu...
Cette visite inédite du trésor des pirates de Salé, sous la forme d’un musée imaginaire, présente les toiles supposées avoir été dérobées par les flibustiers au cours de leurs raids... Une projection sur la muraille propose aux spectateurs d’étranges galeries de peintures, commentées par des guides racontant de bien drôles d’histoires, une autre version de la halka populaire…
LA SARABANDE DU FLYING DUTCHMAN
Pas d’histoire de flibuste et de revenants
sans évoquer le plus célèbre des mythes de la marine à voile,
Le Hollandais Volant...
De mémoire de marin, celui qui l’a vu
n’a pu en revenir pour en parler !
La danse des karacena salétins
convoquera le mystérieux bateau fantôme.
S’ils réussissent, la nuit des sortilèges
fera revenir à Salé le Flying Dutchman
pour une sarabande mémorable
escorté par d’improbables
et monumentales créatures...
Le spectacle de clôture se situera au centre des fortifications, face à la mer. « Qui voit le Vaisseau Fantôme, voit son trépas ! » Tel est le dicton qui prévaut par-delà toutes les mers du globe... Ce spectacle est conçu comme une bataille entre les créatures infernales précédant l’apparition du Vaisseau Fantôme et l’équipage héroïque du grand quatre mâts des « Karacena ».
Du castelet diabolique à la mâture, on se rendra coup pour coup... Un grand spectacle qui, dans la tradition de la biennale, associe son, lumières, images, feux, danse, musique et cirque.

